CARTA DE JEAN MARC ROUILLAN a proposit de "SALVADOR"
Rouillan J.Marc
10.09.06
Salut Joseph Maria,
J’ai reçu tes documents et d’autres envoyés par un camarada d’Auch qui a rencontré un catalan (qui?)…
Toute cette affaire prend les contours d’une démesure qui vue de loin paraît extraordinaire.
La bourgeoisie (en occurrence la petite bourgeoisie catalane) réécrit l’histoire et alors, la belle affaire. Le plus grave c’est que nous n’ayons pas pu l’écrire jusqu’au bout. Jusqu’à ces ultimes conséquences.
L’important est dans l’irrésolution de notre propre histoire collective (le MIL et les derniers groupes antifranquistes).
L’important réside dans ce qui a été dit, il y a un temps et qui était faux.
L’important réside dans les silences de la transition. Nos silences. Vos silences à Barcelone. Celui des anciens du MIL. Leur retrait de la lutte politique révolutionnaire pendant et après la transition. Ce retrait sanctifiait un fait évident: ils n’avaient été que des militants anti-franquistes. Ils avaient lutté essentiellement contre la dictature. Loin de leur propre discours
ultra-gauchiste.
Ce qui est inscrit en post-scriptum du texte d’autodissolution n’a été pratiqué par aucun d’entre eux sauf par les touloussains et quelques très rares sympathisants du MIL et des GARI (Miguel and Cº).
Non, je ne suis pas en pétard… je veux rappeler de quoi on parle précisément.
Je regrette qu’autant d’énergie ne sois pas dépensée à defender politiquement l’idée insurrectionnelle et guerrillera. Je me vous de l’icône “Salvador”. Et je suis sûr qu’il le pensait ainsi. “Ni martyr, ni héros”. La lutte. Nuestra clase… le reste, je ne sais pas… ça n’a pas grande importante finalement.
Comme je l’ai dit et redis, le meilleur travail sur le MIL est celui de Rosès. C’est autour de lui qu’il faut nous réapproprier notre histoire politique durant cette époque.
Quant à l’histoire vécue, l’histoire personnelle chacun la racontera comme il le pourra en bien et en mal. Pedrals a commencé. De mon côté, j’ai travaillé à un bouquin sus le dernier tour de septembre 73 à Barcelone. Bien sûr nous avons nos visions, nos filtres… individuellement j’aurai tendance à la tirer vers la continuation du mouvement guérrillero parce qu’à l’époque j’étais avant tout influencé par ceux qui m’avaient formé, les vieux de Toulouse (Cricri et la Carpe étaient sur cette ligne…). Mais je sais que ce n’est pas valable pour tous et surtout pour les barcelonais très influencés par la ligne ultragauche anti-autoritaire (anti-autoritaire pour le mouvement de 68 et non la ligne idéologique acrate).
Je respecte les deux principaux points de vue.
Nous les toulousains, nous n’avions aucune illusion sus le retour de la démocratie comme sus le rôle des militants “les plus radicaux” de la parlote protestataire. “Chacun est par ce qu’il fait” et la rupture critique de nos régimes de démocratie pour l’élite et d’autoritarisme pour le lamba ne se réalise que dans les actes subversifs concrets (le terrorismo en acte et en parole comme il l’est écrit dans le post-scriptum).
Dans un régime de culs bénis comme aujourd’hui, je vois mal une boîte de prod très très commerciale commander un film rebelle diffusant l’idée révolutionnaire et revendiquant la guérrilla. Ça serait une surprise, n’est ce pas!
A une époque où ils peuvent faire un film sur une salope de la police de la dictature infiltrée dans Eta, “El Lobo” et qu’aucun ancien combattant anti-franquiste ne trouve rien de mal à redire à ça…Tu te rends compte!
L’argent de la bourgeoisie cherche à banaliser idéologiquement la dictature. Et quel a été leur rôle et leur silence dans les années 60-70. Dans ce film, on voit un agent de secrète et un inspecteur de la BPS discourir du besoin de démocratie. Le scénariste vivait-il en Espagne à cette époque l`? Il faut se le demander.
Pourquoi une telle science fiction?
Tout simplement parce que le flic, le maton, le membre de la Phalange, le collaborateur c’était leur père, leur frère, leurs cousins… leur famille, leur voisins. Et selon eux, les fascistes étaient des gens normaux, des bons pères de famille oeuvrant un peu rudiment mais toujours pour le bien de l’Espagne.
Et pourquoi donc ne pas raconter la vérité… tout simplement parce qu’on se demanderait alors pourquoi il n’y a pas u une véritable épuration lors de la transition. Aucun tortionnaire n’a été poursuivi ni même inquiété. Aucune arrestation. Aucune condamnation.
Escribano peut interviewer le juge de Puig tranquillement. Maintenant, il est retraité. Il a terminé sa carrière commencée dans les conseils de guerre… et la condamnation à mort des camarades.
La négation historique est présente partout en Espagne.
Il y a peu à Madrid, l’Audience Nationale a condamné deux basques à 50 ans pour l’exécution d’un général de la transition. Qui a dit que ce général s’était illustré non seulement durant la guerre civile mais après, durant le siège de Leningrad aux côtes des troupes nazies? Personne. Il ordonna moult crimes de guerre, assassinat de civils, justice sommaire, tortures… Et non seulement Franco l’avait protégé, mais également la transition et le régime socialo-monarchiste de Gonzalez.
En fait pour vivre tranquillement en Espagne aujourd’hui, il vaut mieux éviter de causer de ces vieilles histories, non?
Alors Courtois montre des inspecteurs de la BPS espérant le changement de régime et Huerga un tortionnaire de la Modelo tellement gentil qu’il crie “A bas Franco!”… C’est dans l’air du temps. Et ce temps est empuanti par les charniers cachés des républicains, par le silence sur la resístance et le mouvement guerrillero.
Dire qu’il n’y a plus deux Espagne est encore une négation du pays des rouges. De notre pays.
Le film “Salvador” est sans doute une vision négatrice.
Peut être?... Car je n’en suis pas vraiment sûr… ou du moins il n’est pas plus négateur que toute la vitrine actuelle de la société ibérique.
A bientôt,
Un grand salut rouge.
jm